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Valais :  150 ans d'histoires sur la ligne du Tonkin

1946, un convoi à vapeur quitte Monthey. Depuis Saint-Maurice à Monthey, l'électrification est intervenue pendant la Seconde Guerre mondiale, bien avant le tronçon menant à Saint-Gingolph. ARCHIVES PHOTOS CFF -
 
Avant les festivités du mois d'août, voyage dans le temps et perspectives d'avenir sur ce tracé créé à la va-vite en 1859 pour contrecarrer les plans vaudois.

La ligne ferroviaire du Tonkin Saint-Maurice - Saint-Gingolph fête cette année son 150e anniversaire. Les festivités sont annoncées pour fin août. Mais avant cela, «Le Nouvelliste» s'est plongé dans l'histoire de ce tracé ferroviaire qui menait initialement jusqu'à Genève. C'est le 7 septembre 1852 qu'une demande de concession est adressée par des Vaudois à l'Etat du Valais pour la construction d'une ligne Villeneuve-Aoste. But: desservir Aigle et Bex. Non seulement le Grand Conseil valaisan refuse: il demande au Conseil d'Etat de faire construire une ligne partant du Bouveret! Les Vaudois s'insurgent et prétendent que cette solution est trop isolée et sans avenir. Rien n'y fait. La concession de la ligne Bouveret-Sion est signée en hâte le 11 janvier 1853.


Sans passer par Monthey?

Pour gagner du temps et de l'argent, le premier tracé sur le papier relie Vouvry à Massongex en ligne droite, laissant tomber Vionnaz, Collombey-Muraz et Monthey! Excuse avancée: la locomotive ne peut pas grimper la forte rampe menant de Collombey à Monthey... Les Montheysans obtiennent de haute lutte une gare, mais en contrebas de la ville. A Saint-Maurice, on finit de percer le tunnel le 30 juin 1858. Et le 16 février 1859, la première locomotive relie Le Bouveret à Vouvry. Le 27 mars, elle entre en gare de Monthey et finalement le 3 avril 1859, elle traverse le tunnel de Saint-Maurice. De l'autre côté du Rhône, la section Villeneuve-Bex est mise en service par les Vaudois. Elle ne pourra se relier au Valais qu'après l'intervention de Berne.

Quant au Tonkin, Jean-François Vuarnoz, ardent défenseur de la ligne, raconte: «La ligne, avec trois paires de trains par jour, a été mise en exploitation commerciale le 14 juillet 1859. Il n'y a pas eu d'inauguration, peut-être à cause des nombreuses plaintes sur l'absence de gares dignes de ce nom et de mauvaises correspondances avec les bateaux. Déjà!» Cette mise en service se fit au nez et à la barbe des Vaudois. Il faudra tout de même attendre un an avant que le train entre en gare de Sion. Et la ligne ne rejoindra jamais l'Italie via un tunnel sous le Grand-Saint-Bernard. Et ce n'est qu'en 1886 que le Valais est raccordé à Evian.


Port-Saïd valaisan

Alors que le prix d'un trajet Saint-Maurice - Martigny coûtait 2,05 francs en diligence, le billet revenait à 90 centimes en compartiment de 3e classe sur la ligne du Tonkin (1 fr. 80 en 1re classe et 1 fr. 20 en 2e classe). Grâce au rail, Le Bouveret aurait dû accueillir un immense complexe portuaire avec transbordement train-bateau, puisque tout le trafic avec l'Italie était censé passer par là. L'idée d'en faire un second Calais baptisé «Le Port-Saïd valaisan» tombera à l'eau. Par la suite, en 1938 déjà, le trafic voyageur est supprimé pour être reporté sur la route. Plus près de nous, en 1988, le trafic marchandise est supprimé par la SNCF. Depuis 1986 à 1998, le train touristique Rive-Bleue Express circule avant que le trafic soit totalement suspendu entre les deux pays. Mais la ligne a bien failli disparaître aussi côté suisse. Dans les années quatre-vingt, les CFF envisagent de carrément démonter les rails entre Saint-Gingolph et Saint-Maurice. Ils veulent remplacer le train par le bus, arguant du manque de rentabilité de la ligne. Une date butoir est même avancée pour le transfert du trafic sur la route: 1994.


Matze contre les CFF

En 1986, les Chablaisiens lèvent la matze contre ce projet de démantèlement. En 1993, le préfet Luc Vuadens et le sous-préfet Antoine Lattion claquent la porte lors d'une séance avec les CFF. Fort heureusement, en 1996 «Le Nouvelliste» peut titrer: «Changement de cap, les CFF découvrent l'eau chaude et estiment que le Tonkin est commercialement viable.» Des réalisations comme l'Aquaparc, le Swiss Vapeur Parc et la volonté des Chablaisiens de conserver cette ligne ont eu raison du démantèlement prévu. Ces dernières années, les CFF ont investi environ 28 millions dans la modernisation des gares et infrastructures du Tonkin.

Gilles Berreau

Nouvelliste, le 15.06.2009 12:48


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