Valais : «L'ours fait partie de notre culture» |  |

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L’ours sauvage peut bien se cacher, l’historien urbain le suit à la trace. mamin -
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Alexandre Scheurer, historien de la faune et de la chasse, fournit des informations précieuses sur l'ours, son histoire et sa place dans la culture valaisanne.
Nous avons eu de la peine à le trouver, mais nous avons fini par lui mettre la main dessus. Ni féroce ni sauvage, notre «ours des villes» a fini par dévoiler ses secrets ou du moins ceux de la «bête sauvage». Il se nomme Alexandre Scheurer et en connaît un rayon sur l’ours. Passionné par les animaux «depuis tout petit», notre naturaliste de terrain s’est fait historien de la faune et de la chasse. Auteur de «Animaux sauvages et chasseurs du Valais. Huit siècles d’histoire (XIIe-XIXe siècle)», il nous livre de précieux renseignements sur l’ours et sur la façon de le traiter jusqu’au XIXe siècle. Grâce à lui et à son travail de «pionnier», nous avons pu capturer des fragments de l’histoire du plantigrade en Valais et les inscrire sur le papier.
Alexandre Scheurer, comment se pratiquait la chasse à l’ours jusqu’au XIXe siècle?
Dès le Moyen Age, on a encouragé la destruction du loup et de l’ours. Comme ce dernier s’attaque aussi au bétail pour combler ses besoins en protéines, la population l’abattait par prévention ou lorsque des dégâts étaient commis. La chasse à l’ours était le plus souvent libre bien que les sujets devaient remettre à leurs seigneurs, différentes parties des ours tués (les honneurs): cuisse, épaules, pattes, fourrure ou boyaux. Mais les honneurs ne rentraient pas toujours. Certaines personnes préféraient garder la bête pour eux. En principe, les chasseurs d’ours et de loups recevaient des récompenses, en espèces depuis 1501. Leur montant s’éleva progressivement, d’une valeur équivalent à une semaine de solde d’un soldat au XVIIe siècle, jusqu’à atteindre parfois, au XIXe siècle, l’équivalent de quatre mois de salaire d’un gendarme, surprime comprise. Au XVIe siècle, l’ours rapporte soit le même montant que le loup, soit le double. Mais le rapport s’inverse parfois au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l’ours, plus rare et commettant moins de dégâts, rapporte en principe moins que le loup.
En quoi l’ours constituait-il un gibier utile?
Pour les populations valaisannes, l’ours avait une valeur alimentaire incontestable. Prisé, il représentait une grosse quantité de viande. L’huile tirée de sa graisse était réputée efficace contre les rhumatismes ou la chute de cheveux. On utilisait sa fourrure comme ornement ou pour faire des vêtements et des tapis de pieds. Aujourd'hui, on n’en trouve plus de traces dans le Valais romand à part des pattes rarement présentes sur les portes de quelques maisons, sur la façade de la salle bourgeoisiale d’Ayer par exemple.
Existe-t-il des contes et légendes sur l’ours?
Il existe effectivement des contes et légendes sur l’ours en Valais. On trouve par exemple une légende sur un ours hypnotisé par Sylve Seppey d’Hérémence. Ce chasseur hypnotiseur serait entré dans la caverne du plantigrade en sa présence puis ressorti sans mal. Dans la val d’Illiez, un homme aurait domestiqué un ours puis l’aurait abattu après qu’il eut déchiqueté sa veste tombée de cheval. Dans le Haut-Valais, un ours et un taureau se seraient entre-tués. On raconte aussi qu’un aïeul de la famille Bärenfaller aurait tué un ours à mains nues. Enfin, dans le Lötschental, une légende veut qu’une mère ait laissé son bébé seul un instant dans son berceau et qu’à son retour, elle l’ait trouvé avec un ours le reniflant.
Quel rapport entretient l’homme avec l'ours?
Il faut savoir que l’ours a une image plus positive que le loup malgré ce qu’on en pense. Ce dernier est destructeur, il dévaste le bétail. Souvent maléfique dans l’esprit des hommes, il a pour seul avantage de ne pas s’attaquer à lui. L’image de l’ours est plus ambivalente. Le plantigrade inspire le respect par sa force et son intelligence. On l’admire même si on le connaît peu. Il n’est pas forcément craint, malgré deux accidents de chasse fatals pour l’homme impliquant des animaux blessés par balles (1830 à Hérémence et 1832 à La Fouly). Selon les habitants de Vercorin, au XIXe siècle, les ours fréquentent volontiers le vallon des Croujes en septembre, «sans préjudice pour les gens». L’ours ne suscite donc pas la même crainte que le loup et la cohabitation avec l’homme semble plutôt pacifique.
Que dire alors de sa présence dans la culture valaisanne?
À mon sens il est clair que l’ours a fait partie de la culture valaisanne. Prétendre l’inverse serait faux. Jusqu’au XIXe siècle, les populations l’utilisaient pour ses vertus thérapeutiques, dans l’alimentation, pour se vêtir. Sa présence dans les contes et les légendes ainsi que la toponymie constituent une preuve de l’empreinte laissée dans la mémoire collective. Enfin, la réaction actuelle des gens au sujet de l’ours aux Grisons prouve que l’ours est ancré dans l’imaginaire et l'affect humain. A mon avis, si le citadin d’aujourd’hui parcourt des kilomètres pour tenter d’observer l’ours dans son milieu naturel, c’est que ce dernier symbolise par excellence la nature et la vie sauvage. Si notre plantigrade est devenu une attraction, c’est que consommer de l’ours dans le Disneyland alpin, c’est un peu reprendre contact avec la nature sauvage. Une façon contemporaine de renouer avec nos origines.
Véronique Plata
Nouvelliste, le 18.08.2005 09:33
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